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Mercredi 15 août 2007 3 15 /08 /2007 22:45

Je ne sais pas écrire, je sais ressentir. Je ressens bien en général. Mais cette nuit-là, rien.

Tout devait bien se passait pourtant. D’ailleurs, nous nous étions levés suffisamment tôt, avions pris nos précautions pour arriver à l’aéroport à l’heure (en tenant compte des embouteillages potentiels). Jusque là, tout allait bien. L’enregistrement aussi. Puis les « au revoir ». Tout ça s’enchaînait parfaitement. Première fausse note lorsqu’il a fallu que je renonce à ramener la bouteille de whisky que j’avais laissée dans mon bagage à main. Les rayons X en ont décidé autrement (c’est un liquide donc une éventuelle bombe…). Tant pis. Rien ne laissait encore présager que j’attendrais une heure dans la salle d’embarquement, que je partirais avec quarante minutes de retard, que je manquerais ma correspondance, que je serais obligé de passer la nuit à l’aéroport de Londres en attendant le vol suivant (avec une pénalité de retard honteuse à payer de surcroît).

Non, rien ne pouvait me laisser deviner que mon existence allait consister en rien l’espace de vingt heures. Non, rien de rien. Un grand espace blanc, sans âme, des écrans, des pendules qui semblent ralentir à chaque seconde, le carrelage gris, les banquettes bleues (à choisir stratégiquement car toutes n’offrent pas la possibilité de s’allonger). Rien. Je m’assois. Je bous de rage et maudis les compagnies aériennes dans leur ensemble. Je me sens victime d’une injustice. « Et ces put**** de compagnies qui sont irresponsables » !! Mon esprit se vide peu à peu. Je commence à ne plus penser. L’ennui ne m’a jamais effrayé, au contraire il me fascine. Je passe en mode observation, tel un scientifique, sauf que je suis moi aussi dans la cage avec mes cobayes. Rien ? Vraiment ?

Mais si, tout est là !! L’humain, la vie à observer, ce n’est pas rien !! Avec en prime un bon prétexte pour le faire puisque je n’ai rien d’autre à faire, si ce n’est faire tout ce que mon envie instinctive commande. Observer, être observé. C’est le jeu. Ou comment sublimer l’instant, voir le magique dans cette expérience éphémère qui semble ne pas faire réellement partie de ma vie. Un moment à part. Ce jeune latino assis en face, quand il croise mon regard, est-il dans le même état que moi ? Voit-il lui aussi la beauté de l’instant ? Je ne le crois pas. Never mind.

Je me sens relié à tout le monde, en communion. Il y a aussi ces deux femmes que j’aime bien regarder, dormant à tour de rôle sur les genoux de l’autre. J’avais emmené de la lecture et mon lecteur MP3, mais je n’ai pas envie d’y toucher. J’ai mieux à faire (j’avais d’abord essayé de me convaincre que c’était pour garder des occupations quand l’ennui me frapperait fatalement, mais c’était une fausse excuse : je préférais observer). Un jeune homme vient d’arriver et de déplier un journal. Le Monde !! Un Français ? J’y reviendrai plus tard. En attendant, mon attention se tourne vers la consigne où un jeune brun entretient une discussion prolongée avec le type de la consigne. S’il dépose son sac, cela veut-il dire qu’il ne passe pas la nuit à l’aéroport ? J’espère que non, je l’aime bien.

Allez je vais faire un tour. Je demande deux ou trois informations au type des renseignements, un vieux pince-sans-rire comme savent les faire les Anglais. Je reviens m’asseoir. Tout mon petit monde est là. Des échanges de regards convenus permettent à chacun de signifier à l’autre que l’on se reconnaît. Je m’allonge. Un peu de musique. California de Mylène. « Aéroport, aérogare… ». Très pertinente cette lecture aléatoire… Cela me coupe de tout. Mes sens se réduisent à l’ouïe (la musique) et la vue (le plafond futuriste). Je fantasme à l’idée que peut-être plus tard dans la nuit je serais seul et je pourrais alors danser tout mon saoul dans ce grand espace public, incarnation du rien. Tiens, la maintenance de l’aéroport est en train de passer l’aspirateur au plafond. Et ce mec italien vient de passer devant moi et m’a fait un signe de la main. Il m’a reconnu. Nous étions plus tôt au même stand, lui avec sa petite amie, tous les trois apparemment énervés contre notre compagnie aérienne.

Non, ce n’est franchement pas rien. Tellement peu rien que l’envie d’écrire, de prendre des photos, de capturer cet instant de quelque manière que ce soit, me submerge. Il y a ce type lourdingue qui lit par-dessus mon épaule et ça m’énerve, même si je pense qu’il ne comprend pas, étant donné qu’il est étranger. Il est 22h53 et les gens commencent leur « hibernation ». Des boules se forment un peu partout sur les banquettes. Certains n’arrivent clairement pas à dormir. Les plus équipés ont des couvertures (comme cette petite fille dont la mère dort à ses pieds par terre). Moi j’observe. Il est grand mon monde. Il est beau mon monde. Je retrouve le gars que j’aimais bien (qui posait son sac à la consigne), un bloc-note et un stylo à la main… Que fait-il ? La même chose ? Je n’en sais rien. Rien du tout.

Par Allisfulloflove - Publié dans : Blabla introspectif
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